L'atelier VERRE / RELIQUES

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L'atelier VERRE / RELIQUES

Message  Goupil le Sam 9 Avr - 19:56

ATELIER VERRE / RELIQUES :

Attention : pavé !

Mallen était un des apprentis du maitre verrier Jehan de Savoie, qui lui-même appris son art de Jakob Acker l'ancien, maitre verrier et peintre Allemand de la cité d’Ulm.
Né dans un village sans nom au-dessus de Chambéry dans le Duché de Savoie, il fut confié à l’âge de huit ans aux soins de Jehan, qui exerçait son art dans le quartier des artisans de la capitale Chambaroise.

C’est le duc Amédée VIII qui gouverne à l’époque, n’ayant pas encore renoncé à son trône au profil de son fils, ce qu’il fera en 1434 pour se retirer en ermite des affaires du Duché.
A cette époque de prospérité pour la Savoie, les choses vont bien pour un artisan comme Jehan le maitre verrier : Il travail même sur les vitraux de la chapelle du château de Chambéry, encore en construction.
Cette prospérité lui permet d’avoir trois apprentis, Mallen étant le dernier arrivé. Le premier est Jean, fils ainé du Maitre verrier et le deuxième est Berchier, un jeune adolescent venu lui aussi en apprentissage.
Jean, qui n’est qu’à quelques années de réaliser son chef d’œuvre et de devenir Maitre à son tour, sera le premier instructeur de Mallen. Mais cela n’arrivera que bien plus tard car ses premières années d’apprentissage, l’enfant les passera à balayer les éclats de verre dans l’atelier, faire à manger pour le petit groupe (Jehan est veuf depuis de nombreuses années.) et accompagner son maitre sur les chantiers proches.
Ce n’est qu’aux alentours de ses douze ans que l’enfant commence à apprendre le métier du verre sous la tutelle du fils ainé de Jehan.
Jean est un bon pédagogue, car il sait qu’il reprendra un jour l’affaire familiale et devra alors s’appuyer sur des aides compétents.
Il enseigne au jeune Mallen la découpe du verre, dans un premier temps les ébauches, puis les finitions. Il lui apprend à reconnaitre le verre de qualité qui tiendra dans le temps avec celui réalisé avec du sable grossier, fabriqué ainsi par un coulleur soucieux d’économiser de l’argent.
En effet, les meilleurs sables viennent d’Arabie, la plupart du temps en passant par l’Italie. Jehan étant un artisan respecté et reconnu, il est proche de ces fournisseurs de qualité, ainsi que de ses confrères italiens, dont le talent rayonne dans toute l’Europe.

Les années passent ainsi jusqu’à qu’un problème d’approvisionnement en plaques de verre et en pigments spéciaux pousse Jehan à revoir son organisation : Jusque-là, lui et Berchier s’occupait principalement des commandes les plus importantes et de celles qui obligeaient à se déplacer.
Mallen et Jean quant à eux assuraient le fonctionnement de l’atelier ainsi que la réalisation d’entreprises plus locales.
Mais ses problèmes en Italie poussèrent Jehan à envoyer son fils à Rome, où il se chargerait de régler la situation. De son côté, le maitre était bloqué sur le chantier de la chapelle du château de Chambéry, qui avait longtemps été différée.
Il prit donc Mallen avec lui, laissant un Berchier déborder de travail s’occuper des affaires courantes et de l’atelier.

Il fallut près de deux ans à Jean pour remplir sa mission à Rome : Le marchand en contact avec eux jusqu’alors ayant fait faillite suite à de piètres investissements, il avait fallu tous reprendre à zéro avec un autre.
Le monopole sur le verre de qualité était presque complet à Rome et les prix tellement extravagants, que Jean avait dû rallier Naples, plus au sud pour faire affaires.

Pendant ses deux ans passés sur les chantiers avec son maitre, Mallen apprit à ne plus seulement exécuter, mais à dessiner, concevoir, comprendre la structure et la pose d’un vitrail.
Leurs pas les menèrent d’un bout à l’autre de la Savoie, jusque dans le Bugey. Ils travaillèrent sur de nouvelles églises, sur la réparation d’anciennes œuvres, ainsi sur des commandes de riches propriétaires souhaitant embellir leur demeure.

Au retour de Jean, Mallen avait vingt ans et pouvait maintenant commencer à songer à son propre chef d’œuvre qui lui permettrait de prétendre à son tour au rang de maitre.

Jehan poussa alors son fils à s’occuper de son propre passage au rang de maitre, ses deux années en Italie l’ayant empêché de le faire jusqu’alors. Il laissa à Jean tous le temps de produire son œuvre, continuant à se reposer sur ces deux autres apprentis, comme il le faisait pendant le voyage en Italie.
Il estimait cependant que Berchier devait attendre encore avant de prétendre au rang de Maitre.

L’année suivante, Jean vit son chef d’œuvre, un vitrail représentant l’immaculée conception, être accepté par la guilde de Chambéry, faisant de lui le maitre verrier Jean de Chambéry.
Malheureusement, la même année, Jehan fut emporté par une fièvre qui le foudroya en quelques jours.
Le tout nouveau Maitre Jean dû donc reprendre les rênes de l’affaire familiale.

Pour Mallen, les choses changèrent beaucoup : Après quelques voyages avec Jean, puis avec Berchier, il se déplaça souvent seul quand le chantier le permettait.
Il lui fallait alors se joindre à des caravanes ou des pèlerinages pour éviter les mauvaises rencontres.
C’est au contact des pèlerins et moines en voyage que le jeune homme découvrit une deuxième vocation.
Un jour qu’il bavardait autour d’un feu de camp avec un moine bugiste en voyage, Mallen apprit que la cathédrale de st Jean Baptiste à Belley risquait la désertion car sa relique, une mèche de cheveux ayant prétendument appartenue au saint avait été volée. Et sans relique, la cathédrale n’avait plus de raison d’être.
Au court de cette même soirée, le moine, légèrement ivre de fatigue et de vin, avait déclaré qu’il ne pouvait en être ainsi et qu’il ne laisserait pas les choses se passer comme cela.
Il se referma ensuite et ne voulut rien dire de plus. Mais Mallen avait vu l’éclat qui s’était allumé dans son œil et avait tiré ses propres conclusions.

Dans les années qui suivirent, deux problèmes survinrent pour Mallen : Il devait s’éloigner de plus en plus pour trouver du travail et réaliser les commandes qu’il obtenait par l’atelier de Jean. Ce dernier avait fort à faire avec les commandes de l’atelier et ne quittait pour ainsi dire plus Chambéry.
Les commandes se déplaçant de plus en plus vers le Bugey et même la région lyonnaise. Le jeune homme rentrait de moins en moins dans sa ville d’adoption.

Le deuxième problème venait de l’impossibilité pour Mallen à présenter son chef d’œuvre à la guilde. Avec la mort de Jehan, l’apprenti perdait son maitre et pour le conseil qu’il avait rencontré, il ne pouvait se présenter sans la lettre de recommandation d’un maitre connu de la guilde. Malheureusement, Jean était maitre depuis trop peu de temps pour que sa voix puisse être prise en compte.
L’alternative possible était de réunir dix lettres de recommandation de la part de clients prestigieux : Cathédrale, nobles, de grands projets connus de tous.

Ne pouvant accéder au précieux titre qui lui aurait permis de s’installer avec la reconnaissance suffisante pour faire venir à lui les clients, Mallen poursuivit ses voyages dans le duché de Savoie et parfois le long du Rhône jusqu’à Lyon.
Pour éviter de dormir à la belle étoile et avoir assez de ressources pour voyager l’esprit tranquille, l’artisan se spécialisa dans une branche bien différente de celle qui l’avait menée sur les routes, mais parfaitement complémentaire avec son mode de vie et les cercles dans lesquels il évoluait : Le recel de reliques, vrais ou fausses.

Car Mallen avait repensé à l’histoire du moine de Belley : Il voulait sauver sa cathédrale par tous les moyens et quand le voyageur était repassé par la ville l’année suivante, il avait constaté que l’édifice était toujours consacré. Mieux, on racontait bien volontiers à qui voulait l’entendre comment un soir, le vieil ecclésia en charge de la ville avait trouvé l’oreille droite de st Jean-Baptiste sur l’autel, nimbée de lumière. L’histoire disait même qu’elle saignait encore du sang du saint.
Mallen ne sut jamais si le fameux moine s’était lui-même coupé l’oreille, ou s’il l’avait obtenu par quelques autres moyens. Mais il rit en félicitant mentalement le moine opiniâtre.

De cette histoire, il tira une idée : ce n’était pas la première fois qu’un lieu de culte était menacé par l’absence de relique sacrée, ou qu’un homme malade cherchait la salvation avec des bouts d’humain séché.
N’étant lui-même que guère pratiquant, Mallen résolut de profiter de ce qu’il considérait comme la crédulité de ses paires. Il considérait presque leur rendre service, puisque de toute façon ils ignoraient l’arnaque.

Il voyageait donc pour son travail du verre, ses pas le menant souvent proche de lieux de cultes reconnus. Là, auréolé de cette aura mystérieuse du voyageur « prétendument » venu de loin, il vendait réconfort et croyance sous la forme de reliques ou gri-gri ayant appartenu à quelque saint célèbre.
Pas un nom du calendrier ne lui échappa, et certains hommes pieux devaient être des chimères de leur vivant car Mallen vendit plusieurs fois leur crane, et plus encore de main et de doigts à glisser dans l’escarcelle pour se prémunir de la maladie ou de la malchance.

C’est au court de ses voyages que Mallen rencontra la Milice Marchande du Bugey. Y voyant un moyen de voyager en sécurité et de tromper l’ennui des grands voyages, l’artisan du verre avec option escroc rejoignit la compagnie pour partager un bon bout de route ensemble.
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